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Voyage au Brésil

Alors que nous sommes en plein tournage en Papouasie Nouvelle Guinée, nous apprenons après plusieurs mois d’attente que le WCS et son équipe ne sont pas prêts à nous accueillir à N’Doki, au nord du Congo où nous pensions vivre, au contact des gorilles des plaines, la dernière partie de ce voyage . De retour en France en Juillet 2000, il nous faut donc trouver une autre destination…

Après quelques courtes semaines de préparation, nous optons pour le centre du Brésil où vivent quelques espèces peu connues.
Pris de court une fois de plus par ce choix tardif, nous devons renoncer à envoyer notre 4X4 et louons un véhicule à notre arrivée à Sao Paulo, le 18 août.

La première partie du voyage est très citadine : nous allons à la rencontre des scientifiques concernés par la recherche et la conservation du loup à crinière.
Nous parcourons donc les étendues vallonnées de l’état du Minas Gerais, où, de parc en zoo, nous apprenons tout de cet élégant canidé. Nous nous rendons au Monastère de Caraça où les moines nourrissent traditionnellement quelques loups venus chercher pitance au pied de l’église baroque. Nous rencontrons les scientifiques des Zoos de Belo Horizonte, de Sao Carlos et de Bauru puis filons vers Araxa où une compagnie minière, la CBMM, participe avec Laura, une vétérinaire, à la sauvegarde de cet animal. Mais nous éprouvons le besoin grandissant de délaisser les axes routiers et de nous rapprocher d’un monde plus sauvage. La prochaine étape devrait nous offrir cette possibilité.

Le Pantanal est à l’Amérique du Sud ce que l’Okavango est à l’Afrique : une région difficile d’accès, un sanctuaire pour la faune sauvage du continent. Les barrières naturelles ici aussi sont garantes de la survie de cet univers marécageux très riche en bêtes de tous poils…

Lors de la préparation de l’étape guyanaise de ce périple, nous étions entrés en contact avec Jorge Schweizer, brésilien d’origine Suisse, qui se passionne depuis plus de 20 ans pour les loutres géantes. Il est désormais temps de lui rendre visite sur ses terres. Jorge a acheté, il y a plus de 10 ans, une Fazenda sur laquelle coule le Rio Negro. C’est là que l’on trouve la plus grande population de Loutres géantes du pays. Nous nous apprêtons à prendre la piste qui mène à travers le Pantanal jusqu’à la fazenda. Il pleut depuis une semaine conformément à la saison. Nous sommes en retard. Nous savions avant de venir que tout se jouerait à une semaine près. Des fazenderos nous préviennent : "vous serez bloqués en chemin, l’aide d’un tracteur dans les zones les plus inondées ne sera pas suffisante".

Lorsque le petit Cessna se pose sur la piste taillée dans la végétation, nous avons la sensation d’avoir trouvé ce que nous cherchions.
Une nature paisible et sauvage, faite de lacets de rivière, de parcelles de forêt, de marécages où courent les cerfs, les cochons sauvages et les cabiais sous les cris stridents des perroquets hyacinthes. Sur la ferme, les gauchos vivent coupés du monde une bonne partie de l’année. En parcourant les étendues de la fazenda à longueur de temps, ils ont appris à connaître les habitudes des grands perroquets bleus, l’emploi du temps des loutres et les manies du tamanoir. Avec Pedro, nous mettons la barque à l’eau dès l’aube arpentant le Rio Negro à la recherche d’une famille de loutres. Nous finissons par repérer un petit groupe dont nous suivons les évolutions. Julie, que l’observation immobile rend vite impatiente, reste à la ferme et s’initie au brésilien en jouant avec les enfants. En fin d’après midi, nous partons à cheval à travers les prairies. Une parcelle de palmiers en fruits attire quotidiennement un groupe d’une vingtaine de magnifiques aras Hyacinthes. Dans la journée, nous assistons au découpage d’un zébu par Pedro et ses acolytes. Il fera un bon " rodizio ", barbecue à la mode brésilienne. Les vautours se tiennent respectueusement en retrait, comme les jacarés, les caïmans , qui attendent leur tour…

Dans l’Etat de Goias, se trouve le parc d’Emas, un parc de " cerrado ", cette savane brésilienne aux essences végétales d’une grande richesse dont les indiens Xavantes détiennent tous les secrets.
D’accès difficile, le parc abrite une forte population de loups à crinière, quelques tatous Canastra et des tamanoirs en abondance. Au delà des limites du parc, c’est la lune… La végétation native, le cerrado, a laissé la place au soja ou au maïs. A perte de vue, l’horizon est le résultat de la courbure naturelle de ces champs dénudés, surfaces sans vie, à la géométrie aussi froide que dépourvue de poésie. Seuls les aras bleus et jaunes y trouvent leur bonheur dans l’abondance des graines des précédentes récoltes… Des vols tourbillonnent ; des coups d’ailes irisés de bleu et de jaune brillent dans le ciel plombé… Nous les observons de la fazenda Sucuriù où nous amis Peixoto tentent de préserver sur leurs terres ce qui reste du paysage originel.

Un dernier coup d’ailes nous dépose dans le Pantanal nord, la région de Cuiaba.
La population d’aras y est peut-être plus importante qu’au sud. Ils côtoient les toucans dans un feu d’artifice de couleurs. Au bout de la " Transpantaneira ", la piste qui s’enfonce dans cet univers de marécage, nous rencontrons Eduardo qui, de sa petite pension, voit régulièrement jaguars et pumas emprunter la piste avec nonchalence…

Ce dernier tournage s’annonce comme un kaléidoscope de paysages, de visions d’un monde contrasté où se bousculent et se juxtaposent les étapes intermédiaires de la civilisation . Autant de terres habitées de créatures hautes en couleur qui s’adaptent du mieux qu’elles peuvent à ces changements brutaux…

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