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Tournage léopard

Ce tournage est chronologiquement le premier de la série. Le plus difficile aussi. L’animal n’a pratiquement jamais été observé en liberté. Nous savons que nos chances de le filmer dans son milieu naturel sont extrêmement réduites. Avec Alain Rastoin, le réalisateur, nous choisissons d’emblée de privilégier l’enquête sur l’animal et de montrer ainsi comment s’effectuent les premières recherches de terrain concernant la sauvegarde d’une espèce.
Alain arrive une semaine en avance au Yémen alors que nous sommes encore en Arabie Saoudite. Il essaie de démêler au ministère l’écheveau des autorisations de tournage. Tout est question de négociation… Il faut obtenir le sauf-conduit nécessaire pour se rendre dans la région située au nord de Sana’a, une région où les enlèvements peuvent survenir… C’est là que se trouve l’escarpement aux léopards…

Lorsque nous le rejoignons à Sana’a, il a déjà obtenu une escorte militaire pour notre future expédition dans la vallée de Wa’ada.

Ensemble, nous partons pour Taezz, à quelques centaines de kilomètres au sud. Il y a là, paraît-il, trois léopards en captivité dans le zoo de la ville. Effectivement, nous trouvons les léopards au lieu-dit dans un cage de taille moyenne. Ils nous paraissent quelque peu neurasthéniques… Si nous voulons montrer le léopard, faire des gros plans de l’animal , ces trois animaux constituent une chance à ne pas laisser passer. Nous décidons de faire d’une pierre deux coups : nous allons financer l’aménagement de cette cage de sorte qu’elle réponde aux besoins des léopards tout en nous permettant d’y filmer les séquences nécessaires. Nous laissons donc les instructions et les plans indispensables à l’élaboration du nouvel environnement. (Ce changement se révèlera par la suite incroyablement bénéfique au bien-être et au comportement des félins comme nous l’avouera le directeur du zoo quelques semaines plus tard).

Thierry Baudin l’assistant réalisateur et Christelle, la femme d’Alain chargée de la prise de son nous retrouvent bientôt pour le début du tournage.

Nous partons pour la vallée de Wa’ada sans repérage préalable, escortés par des militaires armés jusqu’aux dents. Au village des chasseurs, nous sommes accueillis par le Sheikh local qui nous place sous sa protection. Nous installons une grande tente bédouine sur un plateau situé à proximité d’un canyon impressionnant. Dans ce décor de désert rocailleux et désolé, nous menons l’enquête mais surtout, nous essayons de mettre la main sur un léopard récemment capturé par un chasseur d’une tribu voisine. Malgré toute l’influence de notre Sheikh, nous n’y parvenons pas. Pire ! Une vieille querelle entre tribus resurgit à cette occasion. La tension monte, les Kalachnikovs sont astiquées et nous ne pouvons plus sortir de la zone. S’agit-il d’une prise d’otages déguisée et toute en douceur. Des âmes bienveillantes nous suggèrent de quitter la zone dès que possible… Après la grande fête de l’Eid el Kebir dont nous sommes les invités d’honneur nous chargeons notre matériel, saluons tout le village en suivant pas à pas le protocole et quittons la région. Les chances de filmer le léopard dans son milieu viennent de s’envoler… Nous avons pourtant tout fait pour cela, pris tous les risques !

Les images du zoo de Taezz " en boite ", nous descendons vers la Mer Rouge en direction de la frontière saoudienne.

L’atmosphère est étouffante, nous sommes déjà ivres de fatigue les uns et les autres. De l’autre côté, Patrick et Abdul sont venus du centre de Taïf nous accueillir. Nous passons la frontière sans encombre et enchaînons avec le tournage d’un marché aux animaux sauvages… Nous sommes non loin du pays des " hommes-fleurs " superbe éthnie couronnée d’inflorescences et aux traits taillés à la serpe.

A Taïf, nous disposons d’une base confortable et amicale.

Nous filmons les babouins Hamadryas dans les environs et nous rendons dans la réserve de Mahazat où vivent Oryx, outardes et vautours… Nous filmons là un autre léopard en captivité… A quelques milliers de kilomètres de là, à Sharjah, émirat voisin de Dubaï, la situation ne s’est pas éclaircie. Les portes du centre de reproduction en captivité nous resteront bel et bien fermées… Et nous ne pourrons filmer l’insémination artificielle de cette vieille femelle léopard à laquelle nous tenions tant…

Le 14 avril, l’équipe repart.

Nous avons vécu ensemble des moments très forts. Chacune de nos enquêtes nous place sur le chemin de l’homme que nous apprenons ainsi à mieux connaître au travers de l’animal…

 

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