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A
la recherche des kangourous arboricoles
Jusquà
la dernière heure, nous ne savons pas si nous partons pour la Papouasie.
Après des mois déchanges difficiles avec les autorités
papoues, nous sommes plutôt découragés. Lambassade
nous déconseille le voyage avec Julie à cause des problèmes
de sécurité. Mais Il est hors de question de partir sans
Julie. Et nous gardons un tel souvenir de ce pays, que nous nous accrochons
à lespoir dy organiser une nouvelle expédition.
Les visas sont obtenus à la dernière minute après
une requête téléphonique nocturne, décalage
oblige, auprès dune haute personnalité. Côté
scientifique, la situation nest guère plus brillante
Pas un indice ! Les biologistes américains qui travaillent
sur le kangourou arboricole, ne sont pas sur place à ce moment
là
Et cest une semaine avant la date de départ
prévue que nous obtenons les données sur une aire protégée
dans la cordillière centrale qui abrite, paraît-il, quelques
kangourous arboricoles ! Il nous faudra donc nous débrouiller
par nous-mêmes pour mettre la main sur nos satanés kangourous.
Le défi est sérieux dautant que la pression est extrêmement
forte : nous ne pouvons nous permettre denvoyer une équipe
de tournage sans un minimum dassurance
De plus, nous avons
un tel retard dans notre calendrier, que notre période de repérage
est réduite à 19 jours contre un peu plus dun mois
habituellement.
Lorsque
nous posons les pieds à Lae, la seconde ville du pays, nous avons
plus de 24h davion derrière nous et nous sommes de lautre
côté de la planète avec le décalage que cela
implique.
Le lendemain de notre arrivée, de nuit, nous mettons le 4X4 de
location dans le fossé et percutons une dalle en béton !
Des silhouettes se ruent sur nous comme nous sortons du véhicule
En quelques minutes et quatre actions cadencées, ces ombres papoues
empoignent le 4X4, le sortent du caniveau et disparaissent sans accepter
le moindre pourboire
Où est la terreur quinspire lidée
dune sortie nocturne dans la région ? En tout cas, le
radiateur est enfoncé et percé
Le délai imparti
et les formalités incertaines ne nous permettaient pas dimporter
ici notre propre 4X4. Penauds, nous échangeons donc notre véhicule
embouti. Le droit à lerreur est épuisé
Philipp
Leahy est un personnage de roman.
Continuellement coiffé du mythique chapeau du bush australien,
il est le genre dhommes qui font toute la richesse de ces voyages,
et en représente une bonne partie de la substance
Son père
participait à plusieurs "premiers contacts" avec les
papous de la cordillière dans les années 30 :
lui même est né ici et y vit depuis une cinquantaine dannées.
Il est passionné par les kangourous arboricoles et possède
une bonne trentaine de spécimens de 4 espèces différentes
qui se reproduisent le mieux du monde
Il habite une grande propriété
avec vue extraordinaire sur les montagnes pelées où nous
sommes accueillis à bras ouverts. De grandes photos en noir et
blanc racontent au fil des murs la découverte de ce pays fascinant,
la première piste datterrissage, les premières rencontres,
le premier filon dor
Les
Highlands sont un autre monde.
Pour y accéder, il faut grimper plus de mille mètres de
dénivelé et parvenir après une quantité impressionnante
de lacets serrés dans un paysage de montagne presque alpin !
Notre but : organiser une expédition à "Crater
Mountain", un sommet où nos chercheurs américains ont
repéré des Kangourous. Pour ne pas les gêner, nous
parcourrons une parcelle de forêt non loin de leur site de recherche.
Afin de nous rendre sur place, nous usons des services du pilote des missionnaires
qui dessert parfois le village de Maïmafu à une demi-heure
de vol de Goroka. Nous emmenons de nombreuses provisions dans le quadriplace.
A larrivée, la piste datterrissage, une des plus abruptes
du pays, est déjà un spectacle
Nous recrutons chasseurs
et porteurs. Isabelle et Julie resteront au village pendant les 5 jours
dexpédition qui sannoncent très difficiles.
La pluie tombe tous les jours sur cette forêt dense daltitude.
Nous marcherons entre les fougères arborescentes et les lichens,
traverserons des rivières fougueuses et escaladerons des pierriers
dangereux. Lorsque nous parvenons au sommet, à plus de 3000 m,
la chance est au rendez-vous. Sur le seul arbre qui domine lextrême
pointe de la montagne trône un Kangourou de Doria, un gros mâle
aux allures dours brun. Cest une vision très rare qui
savère très furtive. Sitôt repéré,
lanimal saute de plusieurs mètres dans les taillis alentours,
immédiatement poursuivi par les chiens qui ne le rattraperont jamais.
Voici qui est de bon augure ! Cependant nos chasseurs confirment
la rareté de cette rencontre
Wedei et Simit, les deux chefs
sont des pisteurs exceptionnels mais aussi des hommes comme on aime en
côtoyer
A
mon retour, Julie est sérieusement malade. Dysenterie ? paludisme ?
Le médecin de Goroka infirme le dernier diagnostic. Elle est très
faible et devant linefficacité du traitement, nous prenons
le relais à laide de notre propre trousse et de nos connaissances
vétérinaires ! Nous sommes plus chanceux que Boris,
notre médecin russe, et en quelques jours Julie reprend des forces.
Mais nous avons perdu de précieuses journées denquête
Je
partirai donc seul une nouvelle fois, pour plus de rapidité, et
de sécurité
Il sagit en effet de se rendre à Tari, dernier village de
la route carrossable, et fief de lethnie guerrière des Hulis.
Cette région fut fermée durant toute lannée
dernière pour cause de guerre tribale et de rébellion contre
le gouvernement central
Je souhaite savoir sil y a là
une certaine espèce de Kangourou arboricole. Je devrai donc enrôler
des chasseurs et partir en forêt
Grâce à laide
dun des rares Européens vivant sur place, jentre en
contact avec Paliera, un chasseur. " Il ny a pas de kangourou
à moins de deux jours de marche dici " me confie
Paliera " mais je temmènerai voir des possum ",
de petits marsupiaux quil a lhabitude de chasser. Chose promise,
chose dûe, Paliera et quelques hommes de sa famille me conduisent
de nuit à la recherche de possum. Dans le halo de la torche, nous
découvrons bientôt une de ces charmantes créatures
Après un nouveau trajet davion en sens inverse, notre petite
famille qui logeait chez Silas et Janine, un couple daustraliens
au service de la réserve de " Crater Mountain "
reprend la dangereuse route des Highlands
Pas de bandit de grands
chemins, fatigués par cette course effreinée, nous arrivons
à temps au " Rainforest Habitat " de Lae, une
superbe réalisation, un dôme de toile abritant la majeure
partie de la faune Papoue. Cest là que nous avons rendez-vous
avec léquipe de tournage le 17 juin 2000.
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