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Tournage fosa

Véritable partie de poker, ce tournage se termine avec succès… sur le fil du rasoir. La clé de voute de ce reportage était la séquence d’accouplement des fosas au sommet des baobabs : une séquence animalière mythique, jamais filmée en dehors d’une zone protégée… La qualité et l’inédit de cet épisode reposait en grande partie sur cette scène décrite par Roland Albignac du Muséum d’histoire naturelle en 1973. Nous rêvions de pouvoir y assister puis de la mettre en boîte : un joli coup en perspective mais hautement risqué lorsqu’on ne dispose que de 20 jours de tournage… Grande tension à l’horizon pour toute l’équipe composée de Eric Millot (réalisateur), Thierry Baudin (preneur de son) et William Blanc (assistant).
Jusqu’au dernier moment, nous suivons sur le terrain les prémices de la saison de reproduction, reculons les dates de tournage, pour avoir les meilleures chances d’inclure ce moment dans le délai imparti. Il faut jongler avec les différentes séquences à filmer, les assembler dans le temps et dans l’espace comme un puzzle à trois dimensions.

Devons-nous monter et filmer l’expédition pour retrouver le biologiste Luke Dollar dans la forêt de Zahamena ?
Il s’agit d’une marche difficile, longue et , malgré les nombreux porteurs (plus d’une quinzaine pour Luke et nous), la fatigue risque de peser sur la suite du tournage. De plus, que fera-t-on si les accouplements de fosa se déclenchent de l’autre côté de l’île alors que nous sommes à 3 jours de marche puis 3 jours de voiture  de la forêt de Kirindy ? Et Julie ?

Après une longue hésitation l’ensemble de l’équipe décide tenter le tout pour le tout : nous irons avec Julie à Zahamena.
En route vers le dernier village desservi par la piste, nous échappons de peu à la catastrophe : nous nous ensablons lors d’une traversée de rivière alors que le niveau de l’eau commence à monter suite à une crue. Nous sauvons le Landcruiser de justesse avec l’aide des villageois. Mais si l’eau continue de monter, nous ne pourrons plus rebrousser chemin dans quelques jours…
La marche se déroule pour le mieux malgré la difficulté réelle. Julie la supporte avec bonne humeur perchée dans le dos de Doris, le porteur qui l’a prise en affection. Luke et son équipe l’accueillent en triomphe. Ils sont aux petits soins pour elle. Nous filmons là le travail de Luke dans la forêt. Au retour, après plus de 100 km dans les mollets, nous nous embourbons bêtement peu de temps après avoir récupéré le 4x4. Un peu plus tard, c’est une attache de suspension sur le longeron qui lâche… Le matériel commence à souffrir… Mais cela donne du grain à moudre au réalisateur ; c’est du spontané !

A Tamatave, la famille Decampe possèdent 2 jeunes fosas rapportés par des ouvriers, ils nous appellent d’urgence.
Les animaux sont apathiques depuis quelques jours et ne se déplacent plus guère. En effet, nous constatons l’apparition de fractures spontanées. Causes nutritionnelles ou accidentelles ? Peut-être sommes-nous quelque peu responsables car nous avions fait construire un enclos plus vaste pour ces animaux qui étaient confinés dans une minuscule cage. Perdus dans leur nouveau domaine, ils sont tombés à plusieurs reprises. Mais les radiographies à l’hôpital montreront que les fractures étaient bien antérieures… Quoi qu’il en soit, nous soignons ces jeunes fosas sous l’œil de la caméra.

Après 3 jours de route, nous retrouvons à Kirindy l’équipe accompagnée de Roland Albignac.
Il vient nous prêter main-forte pour l’observation des fosas dans cette zone qu’il connaît bien. Nous installons un affût près d’une mare où les fosas viennent se désaltérer , non loin d’un "arbre à accouplement"… Eric et sa caméra attendent des matinées entières. Avec Roland, nous posons 2 trappes à quelques kilomètres de là. L’une d’elles est déchiquetée par un fosa. Mais nous restons bredouilles. La fin du tournage approche sans que nous ayons une seule scène du prédateur filmée en milieu naturel. Et pourtant, certains indices laissent pressentir le commencement imminent de la saison des amours… Nous faisons nos adieux à l’équipe sur le petit aéroport de Morondave le 11 novembre 99.

Sur le chemin du retour, nous croisons un fosa à l’entrée de la réserve.
Nous arrêtons le moteur immédiatement. Nous n’en croyons pas nos yeux : l’animal fait à plusieurs reprises le tour du 4x4 sans la moindre appréhension puis s’évanouit dans la forêt sèche.
Dans les jours qui suivent, nous observons et nous filmons avec notre caméra plusieurs accouplements . C’est un grand moment du voyage !

 

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